Le premier « CPU » de l’informatique du Vietnam s’est reposé en paix.

 

Dans cet article, permettez moi de l’appeler Alain, comme les français appellent leur proche car à cette époque bien que je n’aie pas travaillé directement avec Alain, j’étais assez au courant de ce qu’il faisait. Je considère Alain comme le premier CPU (cerveau) et le premier parrain de la branche micro-informatique du Vietnam il y a 30 ans.

Le 20/04/2009 le cœur d’Alain Teissonnière, un grand ami du milieu  informatique vietnamien a cessé de battre à l’Hôpital  Saint –Louis à Paris. Il avait 73 ans. Notre ami français est parti en laissant un immense regret à toutes les générations des informaticiens quelques décennies depuis 1977.

Je me souviens d’Alain, une personne un peu maigre, peu bavard et humble, n’aimant pas paraître dans les journaux et ne s’exhibant pas devant les caméras de télévision. C’est seulement en écoutant ses exposés sur l’informatique qu’on se rend compte de l’impact de ses savoirs technologiques et ses vues profondes. Nous nous sommes toujours demandés comment quelqu’un qui vit dans une ville magnifique comme Paris  puisse s’engager pour la cause des démunis très loin de chez lui.

A la fin des années 1970 et début 1980, voyant le riz ,quelques tiges de liserons d’eau et les aubergines salées dans les gamelles de nos cadres de l’Institut Informatique et Cybernétique (qui est devenu plus tard l’Institut technologique de l’Informatique), il s’est retourné pour essuyer ses larmes. Mais Alain est très décidé : la technologie IT aiderait à apporter viande et poisson dans les bol de riz si le Vietnam savait saisir l’opportunité.

Dans le rôle de spécialiste et même le rang de Secrétaire Général du Comité pour la Coopération Scientifique et Technique avec le Vietnam, Alain est venu travailler maintes fois au Vietnam, trouvant des documents, des bourses et présentant des postes de travail en France pour des centaines de stagiaires et des chercheurs de notre pays. Des centaines de spécialistes français dans différents domaines sont venus aider notre pays grâce  à la présentation d’Alain. En dehors de cela, Alain participe aux aides des victimes de l’agent orange.

Il a été récompensé en 2005 par le Prix de l’Union rationaliste et la médaille de l’Amitié du Vietnam. En 1977, la toute première fois où Alain faisait son exposé sur la Technique de traitement informatique à l’Institut, où il y avait l’appareil ODRA acheté en Pologne coûtant des milliers de roubles et occupant plusieurs pièces dans des abris de B52 à Doi Thong dans le village de Lieu Giai (Ba Dinh, Ha Noi), cet appareil  ODRA était, à l’époque, la fierté de l’Informatique du Nord Vietnam.

Il prédisait  que la technique informatique remplacerait cet appareil ODRA encombrant et la capacité mathématique se posera sur un bureau et non plus dans un bâtiment imposant et coûteux. Personne n’y croyait, même les plus chevronnés.

Aujourd’hui peu de personnes se rappellent que le premier ordinateur de l’Asie est sorti du laboratoire de l’Institut Informatique et Cybernétique. Certains réfutaient que cela n’était qu’un montage avec notice. Admettons : en réalité, nos scientifiques n’aiment pas admirer les autres. L’appareil était réalisé avec la  puce  Intel 80 80A, c’est pourquoi les ingénieurs le baptisaient VT80, VT voulant dire ordinateur. La personne qui a aidé le VT à naître  n’est personne d’autre que Alain avec la jeune équipe d’ingénieurs de l’Institut, ses élèves.

La seconde génération de VT80 était le VT8X qui a été expérimenté dans la gestion de l’entreprise  de vêtements  Sinco de Saigon en 1981. La programmation était écrite en langage machine « assembleur ». Cet appareil  a montré que le micro-ordinateur était le devenir de la technologie informatique et sa force de calcul pouvait être posée sur une table.

L’auteur de cet article se souvient très nettement de jour où ils ont amené le VT8X pour le présenter à un congrès du Parti de Sai Gon, à la pause de midi. L’exposé présenté par un jeune docteur ès sciences qui se montrait très professionnel, Vu Duy Man a attiré l’attention des autorités Vo Van Kiet, Nguyen Van Linh et Mai Chi Tho.  Le premier secrétaire du comité urbain du Parti Vo Van Kiet demanda d’un air enjoué : «  Le prix de cette machine miniature serait l’équivalent de combien de tonnes de riz ? »

A l’époque dans la zone d’Asie, sauf le Japon, la micro-informatique était encore très peu connue. Les délégations provenant de Thaïlande, Sud-Corée, Singapour, Malaisie ou Inde viennent très souvent visiter l’Institut.
Le général Vo Nguyen Giap demandait fréquemment des nouvelles au professeur Phan Dinh Dieu, le premier de la branche informatique et au chef de projet du micro-informatique Nguyen chi Cong des progrès réalisés.

A la fin de l’année 1980, Le premier ministre Pham Van Dong, est venu rendre visite à l’Institut ; voyant la pauvreté dans laquelle travaillaient les scientifiques, il a chargé son Ministre Dong Si Nguyen, lors de la construction de l’institut des Mathématiques à Nghia do, de subventionner une partie au laboratoire informatique, afin de recevoir les visiteurs internationaux dans des conditions plus décentes.

Les rapports entre les pays socialistes et les pays capitalistes  à l’époque étaient tendus, sans compter  l’embargo américain portant notamment sur  l’importation  de la technologie. Des dirigeants aux jeunes cadres, effectuant des stages à Paris, ils ont tous ramené au pays dans leurs valises des pièces détachées, bien qu’avec cet argent ils pouvaient s’acheter une motocyclette, ce qui était l’équivalent d’un logement préfabriqué à Thanh Cong .Ne pouvant importer les puces informatiques légalement, nous les emmenions dans nos valises. Aujourd’hui, en parlant des bagages accompagnés,  je me sens visé en  pensant  à l’affaire des  pilotes saisis au Japon pour avoir emporté des marchandises de luxe en contrebande…

Tous ces premiers succès éblouissants  de la micro-informatique au Vietnam portaient l’empreinte de Alain  et des cadres dynamiques dévoués à la science, bien que cela ne soit qu’en  laboratoire de l’Institut. Du fait de l’embargo américain, ne pouvant importer la technologie pour la fabrication en  grande échelle mais aussi  à cause d’une vision limitée ou encore de l’intérêt du groupe, le microinformatique VT80 n’a pas pu gagner le  large.

Aujourd’hui, le CPU de la marque « Alain Teissonnière » a cessé  de traiter. Alain est parti loin de nous, nous avons perdu une personne qu’on aime alors que trouver un ami est très difficile. Il est très possible que sur son lit de malade, Alain pensait aux pays comme le Singapore, la Corée du Sud ou encore l’Inde avec un brin de tristesse en voyant que le Vietnam est dépassé, alors qu’à une époque ce sont ces pays qui sont venus étudier dans ce village de Lieu Giai.

Si nous avions su saisir l’opportunité, peut-être qu’aujourd’hui dans les gamelles il y aurait plus de viande et de poisson. Cette rare chance d’il y a 30 ans pour que l’informatique du Vietnam puisse devenir une marque internationale a été gâchée .Cependant, l’héritage de Alain Teissonnière, notre grand ami dévoué à la cause des démunis en Asie du Sud-Est a laissé à l’informatique vietnamienne une marque profonde et vivra toujours dans le temps.

Giang Công Thế.

Original Article was published on Tienphong Online

Website CCSTVN

Gửi phản hồi

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 94 other followers